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8 juillet 2026

ASSURANCE VOYAGE

Pourquoi et comment un courtier peut distribuer de l’assurance voyage ?

L’assurance voyage est l’un des angles morts du courtier généraliste et chez Kase, nous avons voulu investiguer. On la laisse volontiers aux compagnies aériennes, aux agences de voyage et aux cartes bancaires, alors que c’est un produit de cross-sell parfaitement naturel : votre client part en vacances, s’installe à l’étranger, ou envoie ses salariés en mission. À chaque fois, il y a un besoin de couverture, et le plus souvent personne ne le lui propose vraiment.

C’est d’autant plus dommage que l’assurance voyage est, en taux de commission, l’une des branches les plus rémunératrices du marché. Le piège est ailleurs : sur le particulier, la prime est petite, donc la commission par contrat l’est aussi. La distribuer n’a de sens que si l’acte de vente ne vous coûte presque rien. La vraie valeur, elle, se trouve sur deux segments que le courtier connaît déjà bien : les expatriés et les entreprises dont les collaborateurs voyagent.

Voici comment lire ce marché, qui le distribue aujourd’hui, ce qu’il rapporte, et comment vous y positionner sans alourdir votre activité.

Un marché plus gros et plus dynamique qu’il n’y paraît

En France, la branche assurance voyage pèse entre 480 et 530 millions d’euros de primes par an. Ce n’est pas l’IARD, mais ce n’est pas anecdotique, et surtout le marché est porteur : le secteur de l’assistance a traité 513 000 dossiers voyage en 2025, en hausse de 7 %, et le taux de personnes assurées pour leurs déplacements tourne autour de 49 %. Autrement dit, un voyageur sur deux part sans couverture dédiée. C’est de la marge de croissance, pas un marché saturé.

Le premier distributeur en France reste, de loin, la carte bancaire : environ 50 % du chiffre d’affaires de la branche passe par les assurances « incluses » dans les cartes premium. Viennent ensuite les agences de voyage (autour de 25 %), puis la vente en direct par les assureurs (7,5 %). Les comparateurs et marketplaces, eux, restent plafonnés à environ 10 % des affaires nouvelles selon Xerfi.

Ce qu’il faut retenir. La distribution de l’assurance voyage est encore largement captée par des acteurs pour qui ce n’est pas le métier (banques, agences, aériennes). Le conseil, lui, y est quasi absent. C’est exactement l’espace qu’un courtier peut occuper.

Pourquoi l’assurance voyage rémunère bien : l’économie du produit

Pour comprendre l’intérêt de cette branche, il faut regarder où va l’argent. La décomposition de référence, à l’échelle européenne, vient d’une étude du régulateur EIOPA. Sur 100 euros de prime voyage encaissée :

40 euros repartent en sinistres (indemnisations versées à l’assuré),

24 euros vont à la commission des distributeurs,

20 euros couvrent les frais de gestion de l’assureur,

15 euros constituent le résultat technique net.

Ce profil est très différent d’une branche d’assurance classique. Sur l’ensemble des branches dommages, les sinistres absorbent en moyenne 53 % de la prime et la commission 18 %. L’assurance voyage rend moins en sinistres (40 % contre 53 %) tout en versant plus de commission (24 % contre 18 %). En clair : c’est une branche à faible sinistralité et à distribution lourde. C’est précisément ce qui la rend attractive pour un distributeur.

Le taux de commission varie fortement selon le canal. Toujours d’après EIOPA, en pourcentage des primes :

•     Courtiers et agents généraux : environ 27 % en moyenne (certains au-delà de 50 %),

•     Bancassurance : environ 26 % en moyenne (jusqu’à 56 %),

•     Comparateurs et sites d’agrégation : environ 35 % en moyenne, avec des cas extrêmes jusqu’à 89 %,

•     Intermédiaires accessoires (agences, aériennes) : environ 33 % en moyenne.

Définition. La « commission » désigne ici la part de la prime qui revient au distributeur pour la mise en marché du contrat, avant tout partage éventuel avec un apporteur. C’est votre rémunération d’intermédiaire.

Pour un courtier habitué à des taux de 5 à 30 % selon les produits, l’assurance voyage se situe donc en haut de la fourchette. À taux de commission égal, elle est plus généreuse que la plupart des contrats IARD ou de prévoyance.

Le hic : sur le particulier, la prime est minuscule

Voilà le vrai problème, et il faut le poser clairement avant de se lancer. La prime moyenne d’un contrat d’assurance voyage vendu en France est d’environ 38 euros.

Faites le calcul : même à un taux de commission de 27 %, un contrat individuel rapporte de l’ordre de 10 euros. Si vous y passez un rendez-vous, un devis personnalisé, une explication des garanties et un suivi de dossier, vous êtes largement perdant sur votre temps.

C’est la raison pour laquelle le particulier « voyageur ponctuel » n’a jamais été un bon segment pour le courtier traditionnel : le modèle du conseil sur-mesure ne tient pas économiquement sur une prime de 38 euros. Ce segment ne devient rentable que dans deux conditions :

1. Le volume. Il faut beaucoup de contrats pour que 10 euros pièce comptent.

2. La friction zéro. L’acte de vente doit être quasi automatique : pas de saisie manuelle, pas de gestion de sinistre à porter, pas de produit à construire.

La bonne question n’est donc pas « faut-il vendre de l’assurance voyage au particulier ? » mais « comment la vendre sans y consacrer plus de temps qu’elle ne rapporte ? ». La réponse tient au canal que vous choisissez.

Qui vend l’assurance voyage aujourd’hui

Avant de choisir votre modèle, il faut savoir à qui vous vous mesurez. Voici les grandes familles d’acteurs :

•     Les banques et les cartes. L’assurance est « incluse » dans les cartes premium (Visa Premier, Mastercard Gold), portée par des assisteurs comme Europ Assistance ou AXA Partners. Premier canal en France, mais couverture plafonnée et souvent mal comprise du client, ce qui laisse une vraie zone de sous-assurance.

•     Les agences de voyage et les OTA. Elles vendent l’assurance en accessoire, au moment de la réservation. Commission élevée, mais logique de tunnel d’achat, pas de conseil.

•     Les assureurs en direct. Allianz Travel, AXA, Europ Assistance vendent via leurs propres portails.

•     Les courtiers et distributeurs spécialistes. Ce sont des intermédiaires immatriculés qui ont bâti des gammes dédiées et négocié des contrats avec les porteurs de risque.

•     L’insurtech embarquée et les marketplaces. Des plateformes qui intègrent la souscription par API dans un parcours tiers, ou qui agrègent plusieurs assureurs sur une même place de marché.

Pour un courtier généraliste, la conclusion est nette : construire sa propre gamme voyage n’a aucun sens. Vous ne rivaliserez pas avec des spécialistes qui ont 40 ans d’antériorité et des accords porteurs négociés. Sur le professionnel, nous vous expliquons en dessous les meilleures solutions du marché.

Par ailleurs, concernant le particulier, le bon modèle est de vous appuyer sur une marketplace ou un modèle d’affiliation qui gère le produit, la souscription et le sinistre à votre place, et vous reverse une commission.Il existe plusieurs solutions (Chapka, ACS, Ava..) mais vous conseillons Atlas d’HelloSafe qui est plus moderne avec un grand choix de produits et un outil aussi pour connaitre l’assurance inclue avec la carte bancaire. Le fonctionnement est clair : vous distribuez une offre d’assurance voyage complète sans porter le produit, avec un panier moyen autour de 120 euros (bien au-dessus des 38 euros de moyenne de la branche, car l’offre est orientée séjours longs et couverture médicale forte, jusqu’à 500 000 euros de frais de santé), et une souscription entièrement en ligne. Ils ont un programme d'affiliation et vous touchez la commission, vous ne gérez ni la police ni le sinistre. C’est uniquement la « friction zéro » qui rend le segment particulier rentable.

Où est la vraie valeur pour un courtier : expatriés et entreprises

Si le particulier ponctuel est un jeu de volume à automatiser, les deux segments suivants sont, eux, du pur métier de courtier : prime élevée, contrat récurrent, et besoin réel de conseil. C’est là que votre valeur ajoutée se paie.

1. Les expatriés et la santé internationale

Un Français qui part vivre à l’étranger ne cherche pas une assurance voyage à 38 euros. Il lui faut une assurance santé internationale, souvent souscrite à l’année, renouvelée chaque année, avec des primes qui se comptent en milliers d’euros. C’est un contrat de conseil, pas un produit d’impulsion : au premier euro ou en complément de la CFE (Caisse des Français de l’étranger), avec ou sans réseau de soins, avec des arbitrages fiscaux et familiaux.

Le marché est structuré autour de spécialistes reconnus, au premier rang desquels April International (leader historique, plus de 40 ans, gamme MyHealth International, articulation avec la CFE) et ACS, courtier spécialisé en mobilité internationale revendiquant plus de 200 000 clients dans le monde. Ces acteurs travaillent en grande partie via des apporteurs et des courtiers.

Pour vous, l’intérêt est triple : prime élevée, donc commission qui vaut le temps passé ; récurrence, donc revenu qui se cumule d’année en année ; et fidélisation, car un expatrié bien conseillé ne change pas de courtier tous les ans. C’est un portefeuille qui se construit dans la durée.

2. Les entreprises et le voyage d’affaires

Le second gisement, souvent ignoré, est le voyage d’affaires. Dès qu’une entreprise envoie un salarié en déplacement à l’étranger, elle est tenue par une obligation de sécurité au titre de l’article L.4121-1 du Code du travail. Concrètement, couvrir les frais médicaux, le rapatriement et la responsabilité civile de ses collaborateurs en mission devient, de fait, indispensable pour tout employeur qui respecte ses obligations.

Ce marché est B2B : le contrat est souscrit et payé par l’entreprise, souvent sous forme de contrat annuel couvrant l’ensemble des déplacements. Des assureurs comme AIG (offre Déplacements Professionnels, accessible via courtier pour les entreprises jusqu’à 500 salariés), Allianz, ACS ou Assur-Travel sont positionnés dessus.

L’intérêt pour un courtier est évident : c’est un produit qui se cross-sell naturellement avec le portefeuille professionnel que vous gérez déjà (RC pro, santé collective, flotte, multirisque). Vous parlez à un dirigeant ou à un DRH que vous connaissez, sur un besoin réglementaire réel, avec une prime d’entreprise récurrente. On est très loin des 38 euros du particulier.

Le message à garder en tête. Le particulier se distribue (volume, automatisation, marketplace). L’expatrié et l’entreprise se conseillent (prime élevée, récurrence, cœur de métier). Un courtier bien organisé fait les deux, avec deux modèles différents.

Comment démarrer concrètement

Bonne nouvelle : vous n’avez sans doute pas grand-chose à changer pour vous lancer.

Le cadre réglementaire

En tant que courtier déjà immatriculé à l’ORIAS (catégorie COA), la distribution d’assurance voyage entre dans votre champ d’activité existant. Vous n’avez pas besoin d’une immatriculation spécifique : il vous faut un mandat ou un contrat de distribution avec un porteur de risque ou une plateforme. Rappelez-vous simplement les exigences de la DDA (directive sur la distribution d’assurance) : devoir de conseil, information précontractuelle, et formation continue de 15 heures par an.

Un point de vigilance sur le vocabulaire : le régime dit de l’intermédiaire d’assurance à titre accessoire (avec son seuil de prime annuelle autour de 600 euros) concerne les agences de voyage et les distributeurs pour qui l’assurance n’est qu’un à-côté de leur activité principale. Il ne vous concerne pas : vous êtes un intermédiaire à titre principal, déjà couvert par votre statut.

Sur les 69 970 intermédiaires inscrits à l’ORIAS, très peu adressent sérieusement l’assurance voyage. La concurrence de courtiers réellement positionnés est faible.

Le bon montage

Le modèle qui fonctionne combine deux briques :

1. Sur le particulier, ne le faites pas ou branchez une marketplace ou une offre en affiliation. Zéro produit à construire, zéro sinistre à gérer, commission sur volume. Vous répondez au besoin ponctuel de vos clients sans y consacrer de temps commercial.

2. Sur l’expatrié et l’entreprise, portez les contrats en direct, en vous appuyant sur les spécialistes (April, ACS, AIG, Allianz). C’est là que vous mettez votre conseil, que vous facturez votre expertise, et que vous construisez un portefeuille récurrent.

Commencez par regarder votre base clients existante : qui part vivre à l’étranger, quelles entreprises de votre portefeuille ont des collaborateurs qui voyagent. Vous y trouverez presque toujours vos premiers contrats à forte valeur.

L’assurance voyage n’est pas un petit produit accessoire : c’est l’une des branches les mieux commissionnées du marché, sur un secteur en croissance et encore mal servi par le conseil. La clé est de ne pas la traiter comme un bloc unique. Le particulier ponctuel se distribue en volume, sans friction, via une marketplace. Les expatriés et les entreprises, eux, sont un vrai terrain de courtage : primes élevées, contrats récurrents, besoin de conseil. Un courtier qui structure ces deux approches ajoute une ligne de revenu rentable à son portefeuille, sans rien construire de nouveau.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Faut-il une immatriculation spécifique pour vendre de l’assurance voyage ?
Combien rapporte l’assurance voyage à un courtier ?
Vaut-il mieux viser le particulier ou l’entreprise ?
Comment intégrer l’assurance voyage sans alourdir mon activité ?
Mes clients ne sont-ils pas déjà couverts par leur carte bancaire ?

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